Vous allez rire. Vraiment, vous allez rire.
Je suis encore là !
J'ai pardonné, et j'ai été pardonnée.
Très jeune déjà je la voulais toute à moi. L'envie de pénétrer entre ses murs et d'y poser mes marques un jour ne différait en rien d'un coup de foudre pour un tiers. Et dans ma tête, tout était limpide : elle sera mienne, j'y entrerai. Certaines adolescentes fantasment sur Johnny Depp (quoique, Johnny Depp est un vieux maintenant, disons Justin Bieber), et moi je fantasmais sur une école. J'y suis entrée. Au début, comme dans toute liaison passionnelle, l'euphorie était à son comble. J'arpentais chaque pièce avec un plaisir certain, et les allées et venues dans ses longs couloirs sombres me rendaient toute chose. Orgasmiques premières fêtes, une idylle fusionnelle, en anglais on dit "bliss".
Puis tout naturellement, j'ai épuisé le coup de foudre. Je partais de tellement haut, il était normal, logique même que je finisse bien bas. Les étoiles dans mes yeux se sont éteintes, et l'or est devenu pierre, la nuit est tombée sur l'Eldorado, et j'ai eu froid. Partir, voilà ce qu'il me restait à faire, à mon sens. J'ai cessé d'y croire. Comme un couple qui se laisse couler, sans aucun espoir concernant un éventuel "demain".
J'ai essayé, un peu. Parfois. De me conforter dans l'idée que c'était mieux comme ça. J'ai cru que la rupture me ferait plus de bien que de mal. Mon cœur a saigné.
Physiquement, j'étais toujours là, donc, or mentalement, j'étais déjà à dix mille lieux de mon amour. Alors que je commençais à me préparer sérieusement à mon départ concret, un prof Beau Gosse m'attrapa au passage et m'embarqua dans un coin, "en skreud". Il me dit "Tu te rends compte de tout ce que tu perds ?"
Je répondis "Je peux très bien faire sans. Puis, je suis jeune, pourquoi m'enfermer dans cette relation alors que j'ai tant de choses à découvrir ?" Puis, lui : "Pour partir loin, il te faut un minimum de bagages, et c'est ici que tu peux l'acquérir. Tu pourras partir plus tard, et on pourra t'aider. Tu aimes Londres ? Tu pourras aller à Londres. Ou n'importe où hors de ces murs. Mais pour l'instant, s'il te plait, réfléchis à ce que tu perds, et à ce que tu ne retrouveras plus ni ici, ni ailleurs."
Je n'ai rien dit, sinon "Ok." et "Bon, je vais réfléchir."
Et là j'ai réfléchi, un jour. Le lendemain, c'était reparti. J'allais prouver à ce lieu que tout n'était pas vain. J'avais une semaine avant la fin. Je lui préparai avec amour une petite exposition digne de ce nom, de toutes mes forces et avec tout mon cœur. Le jour J, l'école sourit devant mon effort, mais baissa la tête en m’annonçant "c'est trop tard.". Je fermai les yeux et serrai les dents. C'était prévisible, bien sûr. Comment accueilleriez vous un ex qui vous aurait délaissé cruellement un jour, et qui reviendrait six mois plus tard avec un gros bouquet de fleur et une bague de fiançailles ?
Pour l'école, tout était clair, et c'était fini. Je m'en voulais terriblement.
Ainsi, avec l'aide du prof Beau Gosse et du prof à la Gueule Cassée, je me battis pour reprendre ma place auprès d'elle. Je lui envoyai des lettres, et mes amis tentaient de leur côté de la convaincre qu'elle aussi perdait quelque chose qu'elle ne retrouverait peut-être pas.
Elle fini par me convier chez elle pour me dire "C'est bon, revient".
Plus rien ne serait comme avant, nous le savions pertinemment.
L'amour que j'ai aujourd'hui pour toi, mon école, est moins bouillonnant, moins volcanique. Je t'aime raisonnablement. Tes erreurs, je ne les condamnerais plus. Tes défauts, je les accepte, ils font parti de toi. Voyons, maintenant, ce que nous pourrons construire ensemble.
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